Majuli Une île, des moines, des danses...
Ankiya Bhaona - le théâtre
Les pièces d’art dramatique du Sattriya appelées Ankiya Bhona furent écrites au 15ème siècle, principalement à partir d’épisodes du Mahâbharata et du Râmâyana: 6 par Sankaradeva et 6 autres par son apôtre Madhavadeva.
Depuis cinq siècles, cette pratique théâtrale de haut vol unit sans complexe la constance dévotionnelle aux plaisirs du divertissement populaire. Le registre est épique et la succession de scènes comiques, belliqueuses, matrimoniales, chantées, dansées, etc. s’opère en favorisant la clarté du récit pour tous. Savamment codifié, le jeu sait rester limpide. Jamais la rigueur dramatique ne vient brider la familiarité des interprètes à l’égard de leurs personnages et de leur dimension sacrée. Phénomène scénique rare, le naturel de leur présence crée un bel équilibre en résistant à la rigueur du jeu d’acteur.
Les Ankiya Bhaona sont composées de courts dialogues et entrecoupées de danses variées, de musiques et de narrations chantées/récitées (Sutra Katha). Les pièces ininterrompues ne comportent pas d’actes ou de scènes. Les personnages entrent sur la scène de forme oblongue sans décor reproduisant le temple (namghar). A l’occasion, le fond de scène peut s’ouvrir sur l’extérieur laissant apparaître la végétation éclairée. Les notions de temps et d’espace sont indiquées dans les chants ou les danses.
Nach - la danse
Le Sattriya est une danse didactique et dévotionnelle dominée par un sentiment d’amour universel. Elle symbolise les actions de Vishnu, et plus particulièrement de son avatar Krishna, un dieu incarné au charme irrésistible, qui combat le mal tout en démontrant que la vie sur terre n’est pas dénuée d’agréments. Les positions du corps, des mains, des pieds, et les expressions du visage répondent à une symbolique complexe. Le danseur animé d’une sorte de grâce communicative devient un instrument dans la main des dieux dont la mission est de transcrire la vie cosmique et humaine pour aider chacun à vivre en harmonie avec la "Loi du Bon Ordre". Il s’agit aussi, l’espace de quelques minutes, pour le danseur comme pour le public, de s’intégrer au cosmos et de retrouver son "soi intérieur infini". Pour cela, le danseur s’identifie totalement à la divinité telle qu’il se la représente. Il puise son inspiration dans les descriptions contenues dans les textes anciens et l’imagerie populaire.
Cette métamorphose passe non seulement par les costumes et les maquillages sophistiqués, mais aussi par des expressions du visage, du corps et jusque dans les intonations de la voix.
Les bhakats de Majuli maîtrisent leur art avec ferveur et simplicité. Le sacré le plus pur, le plus universel se manifeste de façon quasi ordinaire, et le spectateur sans référence est surpris de trouver là un accès facile à ce qui lui semblait a priori secret.

